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 Le 6 juillet, l'abbé Gigi mourait d'épuisement auRwanda

Il avait seulement 54 ans. Le 6 juillet 1994, l'abbé Michel Gigi mourait d'épuisement, au Rwanda, dans la région des Collines. Vingt années plus tard, le 6 juillet 2014, une eucharistie présidée par Mgr Pierre Warin, évêque auxiliaire du diocèse aura lieu à Aubange, le village de la famille Gigi. Ses amis de toujours seront présents dont l'abbé Rossignon. Aujourd'hui encore, il parle de l'abbé Gigi comme d'un ''grand homme''

La famille Gigi est originaire d'Aubange. Le papa tenait une brasserie, la brasserie Gigi, qui fournissait en bière bien des habitants. Il est aussi à la tête d'une famille nombreuse. L'un de ses enfants, Michel, n'a qu'une volonté : devenir prêtre et se mettre au service des plus défavorisés. Après ses humanités, il entre tout naturellement au séminaire. A l'issue de la formation, Michel Gigi est ordonné par Mgr Charue alors évêque du diocèse de Namur. Nous sommes à une époque où les prêtres sont très nombreux. L'abbé Michel Gigi reçoit comme affectation le collège Bellevue à Dinant où il est nommé surveillant. C'est la déception pour le jeune prêtre. L'abbé Gigi n'a pas sa langue dans sa poche et il fait savoir à son évêque qu'il veut devenir prêtre fidei donum, partir et servir les pauvres. Le jeune prêtre s'est renseigné sur les conditions de vie de la population et c'est au Rwanda qu'il souhaite être envoyé.
Il arrive ainsi à Kigali. L'avion à peine posé sur le sol rwandais, il se retrouve au collège Saint-André qui travaille en étroite collaboration avec le diocèse ! Nouvelle déception pour le prêtre. Il comprend très vite qu'en restant dans cet établissement, il ne sera pas en contact avec la réalité, avec les conditions de vie compliquées de beaucoup de Rwandais. Il décide toutefois de tirer profit de son séjour au collège pour apprendre la langue et mieux connaître le pays. L'abbé Rossignon : Il s'était très vite rendu compte que les gens qui fréquentaient le collège ne représentaient pas la population rwandaise. L'abbé Gigi part vivre dans les collines. Il s'installe plus spécialement à Cyeza, une localité d'environ 40.000 habitants dont 50% de chrétiens. Une paroisse dans laquelle il allait faire des merveilles. Pour l'aider dans son ministère, l'encourager, des Oblates du Saint-Esprit, des religieuses italiennes qui vivent dans la paroisse depuis des années. L'abbé Michel Gigi y restera une vingtaine d'année. L'abbé Rossignon : ''A Cyeza, Michel a fait un travail remarquable. Il a créé un noviciat, fait construire une salle pouvant accueillir 500 personnes. Il n'arrêtait jamais.'' Sans oublier tout ce qu'il a accompli sur le plan pastoral. L'abbé Rossignon lui a rendu visite à quelques reprises : '' Il était très apprécié sur place où il a formé des catéchistes. Il se déplaçait en voiture et quand ce n'était plus possible, c'est à pieds que Michel allait à la rencontre des populations. Son activité pastorale a vraiment été très riche.''

Une inquiétude croissante

Dans les années 90, la situation politique au Rwanda se dégrade : les heurts entre Tutsis et Hutus se font de plus en plus violents jusqu'à arriver au génocide. A Aubange, on suit les journaux télévisés avec énormément d'attention et autant d'inquiétude. ''L'abbé Michel Gigi n'a pas voulu rentrer. Il aimait à dire : ''Je suis le bon berger ''explique l'abbé Rossignon.'' Nous étions très inquiets pour lui. En 1996, je suis allé le rejoindre. Il ne cessait d'haranguer Tutsis et Hutus, il les encourageait à s'entendre, à vivre fraternellement.''
Malheureusement, les choses ne s'arrangent pas, des milliers de personnes perdent la vie, tuées le plus souvent à coups de machette. L'abbé Rossignon de poursuivre : '' Il avait mis en place un système de surveillance très efficace qui permettait de prévenir les Tutsis de l'arrivée des assassins comme ils étaient appelés''
Un jour qu'il est seul dans le presbytère, il est roué de coups, giflé, menacé de mort par ces assassins. Durant trois jours, il reste dans sa chambrette, enfermé, sans se nourrir. Une nuit des chrétiens du village viennent le retrouver et réussissent à le persuader de fuir avec eux vers Goma en RDC d'où ils espèrent s'envoler vers la Belgique.

Mort d'épuisement

Une fuite qui se déroule dans des conditions épouvantables. Le groupe passe par les montagnes grimpant parfois à plus de 3000 mètres d'altitude. Sans nourriture-ils mangent des racines et des feuilles-cette fuite tourne au drame. A Kanyanza, le 6 juillet 1994, à 9h, l'abbé Michel Gigi meurt d'épuisement. Il est enterré là où il est décédé. Les habitants de sa paroisse de Cyeza se mobilisent et rapatrient la dépouille. Ils lui font construire un caveau, à deux pas de ''son'' église. Ce n'est pourtant pas encore sa dernière demeure. Depuis quelques années maintenant, l'abbé Gigi repose dans l'église de Cyeza. ''Lorsqu'il a été exhumé raconte l'abbé Rossignon, on a constaté que son corps, ses vêtements étaient en voie de désintégration. Sauf sa veste sur laquelle sa tête reposait. Une veste intacte qui est exposée dans l'église d'Aubange.''
On imagine l'émotion qui a secoué Aubange à l'annonce du décès. L'abbé Gigi rentrait au pays tous les quatre ans. Les habitants avaient pris l'habitude de soutenir cette région du Rwanda. Une fondation porte aujourd'hui le nom de Michel Gigi et les fonds arrivent régulièrement. Fondation qui a des contacts avec les religieuses rwandaises qui poursuivent la mission. Une fois par an, un membre de la fondation, se rend sur place et vérifie que l'argent donné est bien utilisé suivant sa destination.

Ce 6 juillet

Pour le dixième anniversaire de la mort de l'abbé Michel Gigi, l'administration communale d'Aubange décidait de donner son nom à la grand place. Elle y construisait également une stèle. Pour le 20eme anniversaire, une eucharistie sera célébrée ce 6 juillet à 10h30 par Mgr Pierre Warin, évêque auxiliaire du diocèse. Des fleurs seront aussi déposées à la stèle. Et les participants pourront, grâce à un powerpoint, suivre le travail de la fondation.
L'abbé Rossignon avec autant d'émotion que d'admiration dans la voix : ''L'abbé Michel Gigi était vraiment un Grand Monsieur. Le fait d'être resté au Rwanda durant le génocide est l'aboutissement d'une vie donnée. Un homme de prières à la vie articulée sur la vie du Christ.''

C.B. Info repris  Diocèse de Namur