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Rachecourt un ancien résistant  ( F.I. ),

 

 

ouvre une cache secrète fermée depuis la Guerre

 

Firmin Hardy habite Etalle. Agé de 78 ans, il a décidé d'achever sa vie à Sainte-Ode.

Avant de partir, il a voulu accomplir, un geste qui lui tenait à cœur. Ces jours-ci, 147, rue Haute, à Rachecourt, il a mis au Jour une cache secrète qu'il avait fermée lui-même, une cache qui a servi à mettre en sécurité plusieurs dizaines de résistants, au -cours de la dernière guerre. Firmin Hardy -le commandant Raymond était son nom de guerre a demandé l'aide d'un ami de longue date, Ropert Recht, de Mussy-la-Ville pour descelle les dalles qui ouvraient le passage conduisant à cette cave dont le propriétaire actuel, M. Simon, ignorait l'existence. C'est dans le fumoir, sous le fourneau et le tas de braises que les deux hommes ont attaqué le béton à coups de burin pour découvrir la trappe. Personne ne l'avait utilisée depuis la fin de la guerre !

Evadé sur commande !

Firmin Hardy est né à Bastogne en juin 1901. Ses parents étaient de Hachy. En 1913, il travaillait à Mont-Saint-Martin pour une entreprise de maçonnerie. Vint la première guerre et le jeune homme se retrouva, faisant partie d'une filière organisée pour sortir les évadés Français vers la Suisse, par le Grand-duché. A 17 ans, Firmin Hardy fut arrêté à Luxembourg. Après deux mois de prison à la « Villa Paulin », il fut interrogé à Trèves et envoyé au camp de Holzminden en Allemagne. Parce qu'il ne voulait pas travailler, on l'expédia au camp disciplinaire de Zoltaïn oû étaient logés 6.000 prisonniers. Il s'évada pourtant avec la complicité de quelques Français. Demandant sa route aux civils, il marcha durant 7 jours jusqu'à Coblence. Tous les ponts étant gardés, il traversa le Rhin à la nage après avoir mis tous ses habits sur un poteau de jardin qu'il avait arraché. C'était en avril et il faisait froid. Il passa la nuit couché, dans les sapins, s’éveillant sous la neige. Il poursuivit jusqu’à Trèves et à Oberbillig, il traversa la Moselle une nouvelle fois à la nage et tout nu, ses habits dans un seau qui... prenait l'eau ! « J'ai vu des lumières dans le noir, j’ai frappé à une porte. Une femme a ouvert, s'est sauvée en hurlant. Son mari m'a apporté une couverture. J'ai mangé. J'ai dormi. On m'a donné un costume et de l'argent. J'ai pu prendre le train à Luxembourg peur venir jusqu'à Rodange. Et j’ai retrouvé des amis au café de Pierre Fischer. Mes parents habitaient Longlaville. J'ai profité de la nuit pour passer la frontière à travers les fils barbelés ... » On imagine la joie des parents de revoir leur fils de 17 ans disparu depuis 5 mois ! « J'ai été si vite pour rentrer que je suis arrivé avant les lettres que j'avais écrites pour mes parents. On a bu toute la nuit avec les copains pour fêter ça, mais le matin, les Allemands étaient là, dans la cour, pour me reprendre. Ils ont visité la maison, sans me retrouver, l'officier comptait les verres sur la table, et mon père Nicolas lui a dit : « Deux verres pour moi, chef ! » Deux de mes amis, Raoul Aimé et Alexandre Treffoux, de Longlaville ont été arrêtés ce jour-là. Le jeune Hardy, se cacha à Godincourt chez Lahure, avec d'autres Français Puis se fit prendre dans une rafle. S'échappa à nouveau vers le Grand-duché. A la fin de la guerre, il fut capturé un soir, alors qu'il jouait une partie de billard à l'hôtel Claisse, à Luxembourg. On l'envoya au camp de Limburgalan, plus loin que Coblence.

Chauffeur de maître et mécanicien-aviateur

En 1919, on le retrouve chauffeur au service des « Région libérées » à Longuyon, pour le compte de l'armée Française. « A ce moment, dit-il, j'ai conduit Albert Lebrun, députe de Meurthe et Moselle, futur Président de la République. Mes parents étaient rentrés à Aubange où Ils habitèrent Jusqu'en 1932. Moi, j'ai été à Rachecourt et j'y ai construit une maison, à la rue Haute. Je me suis installé comme entrepreneur, ma femme tenait un commerce (Hanin-Gilles) épicerie-mercerie-chaussures. Les affaires marchaient bien. On disait de moi, à Rachecourt, que j'étais contrebandier ! C'est à ce moment que survinrent les événements de mai 1940. L'exode sur les routes chargées de monde. Je fus affecte spécialement, au réglage des machines, à Fourchambault, près de Nevers pour une usine d'aviation. J'étais réquisitionné par les Français.

Le sergent William Jones, un aviateur de Wolwerhampton, seul rescapé de l'équipage du bombardier Anglais touché lors d'un raid sur Stutgart, et qui vint s'abattre sur les hauteurs de Rachecourt. Recueilli par Léon Habay et Robert Recht à Mussy, il put se cacher un moment chez Firmin Hardy à Rachecourt. Il est toujours en vie aujourd'hui et habite la ville d'Essington, en Angleterre.

A cause de l'approche des Allemands, on évacua. Mais en remettant mon camion en marche, j'ai eu un poignet cassé par le retour de manivelle. Les Allemands étaient là quelques jours après. Je suis donc revenu à Rachecourt avec ma femme et mes quatre enfants ... » Un des fils de M. Hardy, Fernand tient aujourd'hui l'Auberge de la Semois, à Stockem-freylange. Léopold habite Stockem. Claire a épousé Camille Lefort, à Rachecourt et Simone a marié Pierre Grimault, à Paris.

C'est mon papa qui vous aura

Les Allemands l'arrêtèrent un mois plus tard, pour des contacts avec un agent français du renseignement Interrogatoire à Arlon. « J'ai pu rentrer à Rachecourt. On m'avait demandé de me présenter à nouveau tel jour. J'ai dit pas question. Je me suis caché. Et puis je suis rentré dans le Front de l'indépendance (F.I) et la Résistance j’ai été nommé dans l'armée Belge des partisans. Commandant de bataillon, j'ai vécu dans les bois. Contacts avec les envoyés de Londres, etc. « Pendant ce temps-là, avec ma femme Rosalie Simon, une Athusienne, je creuse un abri de nuit, sans rien dire à personne. Je sors les décombres seau après seau et je demande le matin à un voisin d'aller charger le tas pour l'épandre un peu plus loin. Il s'est toujours demandé d'où venait la terre. Je ne lui ai jamais répondu ... » C'est dans cette cachette souterraine, habilement camouflée dans le fumoir que Firmin Hardy va héberger des gens, des dizaines, et même un aviateur Anglais abattu sur les hauteurs de Rachecourt et retrouvé à Mussy. « Ici, il est venu des Ruses, des Polonais, des Yougoslaves, des Luxembourgeois, et bien sûr des Belges. Sur la liste » que Firmin Hardy a établie pour son réseau, on retrouve des noms connus dans toute la région de Rcahecourt Musson St Léger Mussy. En voici quelques-uns : Jean Kaiser (Arlon). Alfred Becker (Halanzy), René, ,Gilson (St-Léger), Edmond Champenois (Braine-le-Comte), ainsi que Marcel Bouvy, Marcel Delaidenne,, Maurice, Dhont, Emilien Dhont, Jean Donneaux, Valère Dubrunfaut, Emile Even, Ernest Freyeresen,, René Flambeau ,René François, Julien Ghys, Marcel Gobert, Léon Habay, Octave, René et Joseph Hotton, Albert Heinrich, J-P Meintiens, René Médard, Georges Marceaux, Robert Recht, Marcel Reuter, Julien Sylvain, Célestin Felten, Lucien Gérard, Benjamin Lefèvre, Camille Cure, Roger Paquis, etc.…Un jour, les Allemands traquent leur homme. Ils savent que Firmin Hardy est rentré chez lui. On l'a dénoncé. Les Allemands cernent la maison. Forcent la porte d'entrée à coups de crosse. Se ruent à l'intérieur, occupent toutes les ... pièces. « Je n'avais pas eu le temps d'aller dans le fumoir. J'étais monté sous les combles où j'avais une autre cachette, sous la réserve d'eau . » «Ton père, on va l'avoir dit un Allemand à la petite Simone,7 ans. » Celle-ci réplique : « Non, c’est mon papa qui aura vous ! »

« Ils ne m'ont pas trouvé ce jour-là, pas plus que la nuit quand ils étaient venus quarante pour me déloger. Je les ai entendus au-dessus de moi, cette fois-là, ils sont venus dans le fumoir, mais ils n'ont vu que la descente d'eau qui allait vers le fumoir et qui donnait dans la cheminée qui servait aussi de bouche d'aération pour ceux qui se cachaient en dessous ... C'est à partir du 6 Juin 1944 que les Allemands ne sont plus jamais revenus chez nous, à Rachecourt. J'ai vu les Alliés à Musson, en route pour le Grand-duché. Il y avait encore des sentinelles, attardées, comme à Baranzy. On était au début septembre. Avec 50 hommes, j'ai occupé la caserne Léopold, à Arlon, jusqu'à la démobilisation. Et mon frère, Antoine est parti pour l'Angleterre ...  Le commandant Raymond est redevenu Firmin Hardy. Il a repris le travail comme tout le monde. Il a gardé les souvenirs de l'époque. Une drôle d'époque, dit-il ! Fier de l’avoir bien remplie !

Ceux-ci eurent moins de chance. Les soldats russes qui avaient été hébergés à Rachecourt furent tués à la grenade par les Allemands dans l'abri du « Picot », au bois de Peronchenois à Mussy. Leurs cercueils vont être inhumés au cimetière de Mussy, en février 44. Au premier rang des personnes qui assistent à l'enterrement des sept tués, le bourgmestre d'alors, M. Jean Tourtier. On reconnait également MM Camille Fenat, Julien Gillet et Félix Reuter.

Robert Recht montre comment il fallait s'y prendre pour descendre rapidement dans la cachette secrète. Les pieds d'abord, le corps ensuite et les mains levées pour terminer. On replaçait la dalle boulonnée par le dessous et on remettait le fourneau et le tas de braises à leur place ...

 

De gauche à droite sur notre photo, prise dimanche matin : Robert Recht, le petit Jean-Yves et sa mère, Mme Simon, propriétaire actuelle de la maison, et dans le trou, à moitié descendu, M. Firmin Hardy, qui fut le commandant Raymond de la résistance armée

Malgré tout, il fallait prévoir une attaque possible contre la cachette. C'est pourquoi un « sas » de sécurité avait été construit par Firmin Hardy. Dimanche matin, il a démonté les blocs de béton armé et les a sortis l'un après l’autre, avec l'aide de M. Recht.

Résumé repris dans le journal le reflet d’Athus, Je remercie Jean-Pierre Monhonval pour ces photos & résumé