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 Postface

Neuf septembre 1944. Les avions américains bombardent et mitraillent la grand-route entre Aubange et Arlon. Les G.ls sont en route venant de Halanzy. Ardemment désirée et pendant si longtemps, enfin, la liberté approche. La Liberté ! Je pense au célèbre poème d'Eluard.

Des têtes s'affolent, les plus maitres d'eux-mêmes se sentent grisés ... Si, dans quelques heures, le mot « Résistance » n'aura plus tout à fait la même signification qu'auparavant, c'est pourtant d'elle que sortiront les effectifs nécessaires pour accomplir des tâches nouvelles.

Mais les gars de la Résistance locale, et spécialement les membres de l'A.S.A. (Armée Secrète des Ardennes), avec à leur tête, le gendarme Maréchal des Logis Debeffe, sont en effervescence depuis le sept. Si des brassards leur ont été distribués, pas d'ordres encore. Ils sont en passe de connaitre subitement les affres de ceux qui ont été obligés de tenir le maquis : prendre des initiatives et ne compter que sur soi.

Bientôt, le chef du groupe A.S.A d'Aubange reçoit tout de même des directives : « Ne pas agir avant l'arrivée des Alliés!. « Mais alors, ne sera-t-il pas trop tard ? Non ! loin de là ! On lui a donné également le texte d'une affiche à faire imprimer et à placarder L'imprimeur Clément Agnessen en tire cinq cents exemplaires, acheminés sans délai vers les supérieurs.

En date du 2 octobre 1944, l'A.S.A. établit le rapport sur ses activités.

Il y a lieu d'être très prudents, de façon à éviter un drame du genre de celui que connurent ce 3 septembre, un dimanche après-midi : Norbert Van Brabant et Julien Burton d'Aubange en tirant sur une voiture allemande ... Un Feldwebel les abat. La rage du sous-officier n'étant pas encore assouvie, il procède d'abord à deux pendaisons près de la gare d'Athus, non loin de l'école des Frères Maristes ; ensuite, il va chercher du renfort à Aubange. Les Allemands mitraillent la Grand-Rue d' Athus avant de reprendre la route de Pétange (G.-D. de Lux.).

Le premier jour, celui de la Libération :

Les hommes ne sont que médiocrement armés : Debeffe avec le concours de Georges Reyter n'a pu récupérer durant les quatre années de guerre, que deux fusils allemands et trois pistolets. Signalons en passant, que Georges Reyter a rendu de nombreux autres services sous l'occupation : chef du ravitaillement, il remit des timbres de ravitaillement à Josse Alzin et, en outre, le Polonais dont il est question dans mon récit, allait chercher du ravitaillement au magasin de son père.

Le groupe se met à la disposition des Américains en expliquant à ceux-ci, que les Résistants ont pour mission de faire respecter l'ordre d'arrêter les traitres et d'empêcher le pillage. Ses hommes sont rassemblés près de la maison communale d'Aubange. Les uns sont chargés de patrouiller dans les rues d'Aubange, les autres sont placés le long de la route Virton-Athus aux fins de dégager le passage et d'empêcher que l'avance des Alliés ne soit retardée.

Le maréchal des logis Debeffe, accompagné de quelques-uns d'entre eux décide d'aller voir ce qui se passe à Athus. Des habitants signalent la présence d'Allemands dans les caves de la rue de Pétange ainsi qu'au home Saint-Etienne. Les Américains sont aussitôt prévenus et l'opération de nettoyage est menée conjointement avec eux. Le chef du groupe A.S.A. fait prisonnier un officier allemand dont il confisque la mitraillette et se l'approprie.

Bilan de toute l'opération : soixante prisonniers, cinquante-cinq fusils, quelques mitraillettes et beaucoup de grenades et de munitions. Les armes sont placées en dépôt surveillé au home Saint-Etienne tandis que les prisonniers sont dirigés vers l'école du Centre.

Au retour à Aubange a lieu la capture de deux voitures allemandes. Une reconnaissance est lancée en direction de Halanzy. Constatation : si l'ordre règne, les armes font totalement défaut.

A ce moment de la journée, l'A.B./ A.S. et le M.N.B. se mettent d'accord au sujet de l'installation d'un rôle de garde pour la nuit. Debeffe et A. Hanzir décident également de la mise au point d'une liste de traitres à arrêter Durant huit jours, Georges Reyter collaborera, avec la brigade de gendarmerie, de grand matin jusqu'à bien tard le soir, pour établir des dossiers.

Hanzir et ses hommes ne perdent pas de temps et procèdent aux arrestations qui ont été décidées : hommes et femmes sont conduits à la gendarmerie pour être interrogés ; ensuite, ils sont dirigés vers la prison d'Arlon.

Autour de cinq heures de l'après-midi, le chef du groupe A.S.A. accompagné de quelques-uns de ses soldats, retourne à Athus. Les armes du dépôt ont été distribuées à son insu. Tant bien que mal, il en récupère quelques-unes et les rapporte à Aubange. Mais auparavant, il a fait placer des gardes à la frontière de Rodange, dans le but de contrecarrer de petites infiltrations ennemies.

En rentrant à Aubange, une mauvaise nouvelle le surprend. Des Allemands revenus à Messancy y ont incendié quatre maisons. Il se rend tout de suite dans ce secteur Parmi ceux qui l'accompagnent, il y a entre autres Jacques Bourdouxhe, Maurice Dewulf, Omer Steiver Alfred Genin et N. Muller Les habitants de Messancy leur apprennent que les Boches se sont retirés vers Arlon.

Deuxième jour :

Les opérations de nettoyage se poursuivent le 10 septembre. L'équipe constituée par le gendarme se rend à Barnich, chez le chef de brigade, le lieutenant J. Decker Une petite escarmouche a lieu dans le village. Résultat : deux prisonniers.

En compagnie du chef de brigade, la petite troupe retourne en direction de Hondelange où elle se heurte à une formation allemande de quinze à vingt hommes, disposant de deux fusils mitrailleurs. Un bref engagement s'ensuit, au terme duquel, l'ennemi lâche prise en abandonnant sur le terrain, les deux fusils mitrailleurs et en outre des fusils et des havre-sacs. Chemin faisant un incident du même genre éclate à Turpange. Son issue heureuse permet la saisie de trois voitures et à nouveau de quelques fusils.

Entretemps, des habitants de Hondelange sont venus signaler la présence d'éléments de la Wehrmacht dans le bois de Weyler Le combat est engagé et ça chauffe tout de suite. Il semble que l'ennemi soit en nombre. La fusillade devient telle que la façade de la gare d'Autelbas est bientôt criblée de balles. Les Américains alertés viennent à la rescousse, mais ils ne sont que quelques-uns, de telle façon que le repli finit par s'imposer La force allemande accrochée était composée de quatre cents hommes.

Troisième jour :

Des Allemands s'étant montrés à Halanzy, il est procédé à une battue qui reste cependant sans résultats.

Ajoutons que les patrouilles de l'A.S.A. sillonnent la région jusqu'au 14 septembre. Elles tombent partout dans le vide car le Boche est parti. La Résistance aubangeoise a fait à elle seule vingt-trois prisonniers.

La population d'Aubange, dans la liesse, ne se doute ni ne s'inquiète de ces beaux faits d'armes.

Dans sa mémoire, restent gravés les événements de la première journée de la Libération et la date : 9 septembre 1944.

Dans « Un Aubangeois raconte : 1940-1945 » Monsieur Léon Delchavée rapporte « Enfin, lorsque le 9 septembre, se profila au tournant de la rue Perbal, la silhouette du premier tank américain, ce fut du délire.»

Dans l'un des premiers blindés, se trouvait le prince héritier Jean de Luxembourg, impatient de rentrer au pays et qui fut l'objet d'une ovation toute particulière. Joseph Mathen n'était pas peu fier d'avoir été le premier à le reconnaitre et à lui serrer la main ».

Les Réfractaires de Clémarais, surtout parmi eux les Grand-Ducaux, eussent été comblés non seulement de partager la joie populaire mais, principalement, d'être aux côtés de Monsieur J. Mathen leur bienfaiteur pour accueillir et applaudir leur prince.

19 mars 1977 A. Furst 1160 Bruxelles

En août 1944, peu avant la libération, le maquis des « Insoumis » dans la minière de Musson-Halanzy. Les Allemands essayeront de le démanteler.

De haut en bas et de gauche à droite

1re rangée : 1 Guillaume Serge, de Musson (surnommé « Diane »). 2. Russe, réfugié à la Minière lors de l'attaque par les Allemands. 3. Sauvenay Louis, 42, rue de Luxembourg, Habay-la-Neuve (Carlos). 4. Less Norbert, d'Aubange, (« L'Ecureuil »). 5. Van Sequin Michel d'Uccle, tué au maquis, lors de l'attaque par les Allemands. 6. Donnertz Edouard dit Henri, de Bruxelles.

2e rangée : 7 Schouvareff Constant (Polonais), de Cosne. 8. De Meyer ..., d'Arlon. 9. Un luxembourgeois nom inconnu. 10. Britschowsky. (Russe), de Cosne. 11 Schumaker Camille, de Saint-Léger

3e rangée : 12. Huet Alphonse, d'Athus. 13.Delvaux André, de Gorcy. 14. Poles Pierrot, d'Aubange. 15.Tarakude Encanon (Russe), tué à Musson.

Mignon François, de Piedmont, ne figure pas sur la photo. Il était rattaché au F.I. maquis de Vaux (Fr), situé en face de la minière belge. Mignon fut tué lors de l'attaque de la mine ainsi que les Russes suivants :

Taraknob Emanon, né à Nackalo en 1921 ; Carahéol Yvan, né à Kill en 1922 ; lsparovika Aka, né à Tmarenpag en 1920.

A l'extrême droite : Christian Guillaume (cousin de Serge), de Musson et qui, à l'époque, était retenu prisonnier par le maquis.

Parmi les membres du maquis, on comptait aussi Roger Dropsy, de Saint-Léger et André Grégoire, de Rachecourt.

Le maquis des « Insoumis » n'était pas un maquis de résistance civile, comme l'était la Centrale de réfractaires de Clémarais, mais un maquis de résistance armée.

Le travail des Insoumis était surtout de sauver la vie des jeunes résistants (qui refusaient de travailler en Allemagne), de ravitailler Bruxelles en dynamite, de rapatrier les Anglais tombés en Belgique ou en Allemagne. Pour ce dernier travail, le chef était Marcel Marchand. Jungblut Jules, d'Arlon, était un intermédiaire.

 

Histoire repris du livre Clémaeais dans la Guerre 1943-1944 de Albert Furst

 

Vous pouvez retrouver ce livre et d'autre info :

Bibliothèque Hubert Juin d'Athus

Bibliothèque d'Halanzy Grand-Place maison Communale

Bibliothèque Frédéric Kiesel de Rachecourt