Le  vestiaire de 1930 : un wagon de 923, 75 fr.

 

             Au point de vue historique et pour ceux qui l'ignorent. Aubange est une petite localité d'un peu plus de 2.000 habitants!. Ce village est situé au sud du Luxembourg, à proximité immédiate de la France. En 1255, on trouve ce village sous le nom de obengis; en 1683, cela devient obanges, Ubingen qui porte le nom roman de Aubange comme traduction libre, a relevé successivement de la chàtellenle de Longwy, du baillage de Saint-Michel, de celui d'Etain. et de l'Office de Villers-la-Montagne.

             Toutefois, par le traité du 16 mai 1769 passé entre l'Impératrice Marie-Thérèse et la couronne de France qui modifie la frontière entre les Pays-Bas Autrichiens et la France, ou annexa au Grand Duché de Luxembourg ; Athus, Aubange, Aix-sur-Cloie, et Battincourt. les trois derniers villages relevèrent alors de la prévôté d'Arlon, tandis qu'Athus était rattaché à celle de Luxembourg.

            On sait aussi que la paroisse d'Aubange, dont l'église est dédiée à Notre-Dame du Rosaire, comprenait autrefois la terre d'Aubange et la seigneurie de Clémarais. Il ne reste cependant aucune trace de l'habitation des seigneurs d'Aubange.

             Si Aubange est entouré d'un peu partout par des hauts fourneaux,
l’ industrie de la localité proprement dite se limite à un peu d'agriculture
et à une brasserie bière -de table - exploitée depuis belle lurette
par la famille Gigi. C'est ainsi que l'on trouve à Aubange, des ouvriers
d’usines, des employez, des commerçants .

Le Saint-Félix

             Avant que ne soit créé officiellement l'Etoile Sportive, il existait déjà à Aubange une équipe de football, dont le promoteur était l'ancien maire, M, l'abbé Champion. Ce club, qui groupait principalement les jeunes du village et qui avait son local au patronage, avait reçu la dénomination de Saint-Félix ». A cette époque on se contentait de Jouer des parties! Amicales avec les villages voisins et les Albert Rassel, marque, Viclou, F. Rollin, Fraselle, Godenne, Muller A. et Cie, passèrent de bien agréables moments. Les ébats eurent généralement lieu sur un terrain situé route de Messancy, où actuellement habite le laitier Soyer.

Au Café Muller - Frontière

             Si nous parcourons l'histoire du football belge, on apprend que c'est en 1892, au siège de Liège Cycliste Union que devait naître l'idée de former un club de football. Et c'est ainsi que naquit le Football Club Liégeois, Justement reconnu comme le précurseur.Mais de très nombreuses années se passèrent encore avant que l’Etoile Sportive ne vit le jour.

        On dit. et à juste titre, que la vie n'est qu'un éternel recommencement et ce qui était vrai au début du siècle l'est encore aujourd'hui, A cette époque, Us sportifs se donnaient généralement rendez-vous au café, à Aubange, les acharnés et les plus actifs se rencontraient au café Muller, situé à la Frontière. Ce fut là que ces audacieux décidèrent la  création d'un  club officiel.

        Il faut y aller rondement, dit l'un d'eux.

        Je me mets immédiatement au boulot, rétorqua un autre. Celui-là se nommait Georges  Lespagnard.

        On  passa aussitôt au recrutement des adeptes, essayant, en outre, d’obtenir quelques fonds pour démarrer.

        Cela se passait en 1928. Le club était né. Il avait aussi un comité et son premier président s'appelait Muller, propriétaire du café. A cette époque déjà, Georges Lespagnard assurait la trésorerie, à l'heure actuelle il est encore le grand argentier de l'étoile.

             On trouva aussi un terrain non loin du bois et c'est là, peu nombreux peut-être mais bien décidés, que les Jeunes vinrent s'entraîner avec l'idée de mener un Jour l'équipe en provinciale.

On démarre sérieusement

             Après quelques rencontres amicales contre Musson , Mussy Athus etc.. et devant les résultats obtenus, les responsables décidèrent de s’afficher à l’U.R.B.S.F.A. Le matricule 1433 fut accordé aux Aubangeois . Cela se passait au début de 1929, plus exactement en mai 1929, car il m’a été possible de contrôler la chose sur le volant de la carte d’affiliation de Georges Lespagnard , laquelle fut signée le 7 mai 1929.

             L’affiliation de l’Etoile signifie la fin du Saint-Félix car un bout de règlement de l’union Belge stipulait qu’il ne pouvait exister deux clubs de football dans une commune de moins de 5.000 habitants. L’inactivité du Saint-Félix devait permettre à plusieurs jeunes gens de venir grossir les rangs de l’E.S. Dans l’équipe qui prit part au championnat de 1929-30, on devait trouver , en plus de G. Lespagnard , Silori Benjamin ,Léon Picard, Fresing René et Roger , Wonner Dominique , Baille René , Jacquet René , Davreux Henri et Camille , Goedert Félix , Bergch Emile , Hotton Camille , Penschon Henri et bien d’autres qui luttèrent avec fougue et  écorchèrent la timbale des débutants . Par la suite, on accueillit parmi les nouvelles recrues : Hardy, Maurice Josy Muller, Adelin  Burton, Julien Wonner  Théo et Marcel. Nous citerons parmi eux Gerino Silori, Eppe  René , Zeller , Reyter , Georges et André Van Brabant Norbert Thommes , Eugene  Colas , Jean Schmit , Roger Noel , Désiré Fournel , Valentin Homs etc..

On force les portes de la Provinciale

             Après avoir évolué en régionale durant quelques saisons qui virent monter successivement en provinciale l’ancien club Arlonais  , le F.C  Saint-Donat , Ethe-Belmont , le Saint-Louis d’Athus et enfin l’étoile sportive trouva elle aussi la consécration . J’ai eu  l’occasion de voir une photographie évidemment jaunie , rappelant l’équipe qui avait accompli cette performance , elle groupait Silori ,  Muller , Lambot , Friob ,M Hardy , Wonner Théo , Wonner Marcel , Wonner Dominique ,Marque Josy , Reding et Bonmarin .

Un wagon de chemin de fer pour 923,75 francs

             C’est bien de courir de victoires en victoires et de remporter un titre très envié, mais cela cause aussi certains soucis .Le règlement fédéral exigeant pour cette série que les vestiaires devaient se trouver au terrain puisqu’il en était ainsi et malgré que le club n’était pas riche, on ferait cependant face à toutes les exigences. Les dirigeants se cotisèrent et après bien des palabres l’acquisition d’un wagon de chemin de fer fut décidé. Ce wagon servirait de vestiaires, on l’aménage tant bien que mal, mais ce fut suffisant.

             La trésorerie déboursa 923,75 francs pour cette acquisition. De plus en plus, l’équipe Aubangeoise fit parler d’elle, ses joueurs ont déjà une cote dépassant la moyenne, les scouts de la J. Arlonnaise à cette époque Léon Goffinet et Adolphe Risette, viennent superviser Théo Wonner , les athusiens de la jeunesse sont désireux de raccrocher Reding . Et c’est ainsi que ces deux joueurs quitteront Aubange EN 1936 .Le premier défendit avec autorité les couleurs Arlonnaises par Verviers. Quant à Reding après avoir évolué à Athus , il émigra vers Andenne pour finalement revenir à son club d’origine.

             Malheureusement ces départs créèrent une certaine désorganisation dans la cohésion de l’équipe, rien d’étonnant dès lors de se retrouver dans le panier à crabe et de faire la culbute. Cela n’affecta toutefois pas le moral des Frontaliers et on remonta bientôt en provinciale pour ne plus faire de rechute.

Quatre candidats médecins dans l’équipe

             Je me souviens d’un petit fait assez rare pour une équipe de village si mes souvenirs sont précis l’étoile comprenait en 42-43, dans l’effectif René Eppe, Emil Zeller, Michel Lorgé , et Georges Reyter . C’est la certainement une chose tout à fait spéciale pour une équipe d’une population d’un peut plus de 2.000  Ames. Ce que l’on ne peut vraiment passer sous silence. C’est que si le travail fut souvent ardu et pénible, les dirigeants connurent pour ainsi dire toujours des satisfactions de la part de leurs joueurs. Aussi voulant récompenser un joueur méritant qui demandait son transfert, ils ne firent jamais de difficulté. C’est ainsi qu’après les départ de Wonner et de Reding on vit, en 1967 Gérino silori passer dans l’équipe promotionnaire de la jeunesse Athusienne  et cela pour deux saisons, montant du transfert : deux  rencontres que le bénéfice irait au club cédant. Par après ce fut Lamock qui passa chez les Métallos, Wonner fut cédé a Tilleur, actuellement ce même Wonner fait les beaux jours de Montagnarde (Liège), Bruno Silori vint une année à Arlon, mais il préféra retourner à son club d’origine pour y vivre une ambiance plus chaude. Cette année l’Etoile transféra au racing de Rodange (Grand-duché) son puissant arrière Lambin, il ne voulait ainsi mettre aucune entrave à la carrière de ce brillant élément, car une solide situation lui était offerte  am Landgen  . Comme on le voit, Aubange n’est vraiment pas un mauvais pourvoyeur de joueurs pour certaines équipes.        

On ne roule pas sur l’or, mais jamais de déficit

             Pour tenter de boucler chaque année son budget l’E.S Crèe au sein de son comité une section d’athlétisme, laquelle fut dissoute depuis. Les sous-sections des Frontaliers mirent souvent une belle ambiance dans la localité. On se rappelle les belles manifestations avec la participation de la Garde Républicaine Française. Ces fêtes furent toujours de belles réussites. On alla même en 1947 jusqu'à organiser une rencontre de football en nocturne, ce fut vraisemblablement la première de ce genre dans la province. Avec l’amabilité de la Linalux , on avait installé six gros projecteurs qui ceinturaient le terrain , c’était loin d’être parfait , mais la garde Républicaine , qui était championne de France militaire , et la belle formation Grand-ducale de Pétange , parvinrent cependant à faire vivre aux nombreux spectateurs quelques belles phases. Relevons encore que l’E.S. était parvenue à faire sortir de sa section d’athlétisme un certain Ricaille qui à l’époque, étant en France qu’au Grand-duché et en Belgique, donna entière satisfaction aux passionnés de ce genre de sport. Il fut même champion du Grand-duché catégorie scolaire par après, Ricaille émigra au Canada et abandonna la compétition. Ce fut regrettable car c’était une belle pousse.

De vrais dévoués

             Toujours dans le domaine des heureuses réalisations, M. Max Ledent devait, prendre l’initiative de commun accord avec M. Collin, président fondateur de La Roche, d'organiser lors des rencontres entre: leurs équipes respectives, une petite réception Intime où une collation était offerte aux dirigeants et joueurs des deux équipes. Cette excellente tradition est toujours en vigueur  l'Etoile, elle s'est d'ailleurs étendue sur toutes les équipes venant en visite à Aubange.

             Dès lors  comment s’y prend-on ? Voilà, au début de chaque saison, les membres du club font le porte à porte, pour recruter le plus possible de membres d'honneur. On organise également quelques bals, pour les déplacements on utilisé parfois un petit car, parfois ce sont les supporters qui transportent les Joueurs dans des voitures» particulières.

             Depuis cette saison, iI s’est formé à Aubange un club de supporters à la tête duquel se trouve M. Maurice Lichtfus, ce dernier est d'ailleurs très bien secondé par une équipe dynamique au possible, nous retrouvons d'ailleurs dans ce comité Ancion André, Hourt Marcel, Jacquet P Schrobiltgen, Noirhomme, R Biver,  Ad Dumont.

             Ce nouveau groupement a déjà fait de l'excellent travail, il a payé cette saison un équipement complet aux Joueurs ainsi qu'une assurance spéciale. Voilà qui annonce bien l'avenir.

             Depuis sa fondation, on a vu succéder au club en qualité de président :

            1928 à 1930 : M Muller ; de 1930 au 15 juin 1935 M. J. P. Schmit

            1935 à 1950 : M Victor Eppe.

 

             Depuis 1950, c'est M. Max Ledent qui en assure la présidence. M Ledent est cette personnalité connue de tous les dirigeants de clubs, car outre les fonctions qu'il exerce à Aubange, il est membre du Comité provincial et il est aussi le promoteur de toutes, les manifestations internationales qui se déroulent dans Luxembourg, c'est a lui que nous devons toutes les rencontres des joueurs de la province avec nos amis du Grand-duché, les confrontations avec 1es jeunes des autres provinces. A ce sujet signalons qu'il est secondé de belle façon par M Gaston Triffaux , lequel exerça durant de nombreuses années et cela de façon de maître le secrétariat de l’ E.S.

             Actuellement les destinées de l’E.S.  Aubangeois sont entre les mains de M Max Ledent président ; J Hansemer  secrétaire, Georges Lespagnard  trésorier ; membres : Maurice Hardy, Kintzinger, Poncin, Marsant, Liégeois,Louis,J.Thommes.

             Dans ce comité qui se serre toujours les coudes, on remarque que l'ingénieur voisine avec l'ouvrier, la commerçante avec l'employé, maisla raison pour laquelle l’E.S. a employé jusqu'à present au cours de cette saison dix-neuf éléments à savoir ; Kintzinger, Nizet, Conrotte , Genin, Silori, Bacj, Dero , Hardy, R Hardy, M Poncin, Stoffel, Talbot, Feltesse, Ledent, R Decker, Denis, Antzon, Klein, et Lucas.

             A vrai dire l’étoile sportive Aubangeoise ne roule pas sur l’or, mais elle a cependant aucune dette, et cela est important

 

 

                                                                                       L’équipe d’Aubange qui a partagé six goals avec Bertix

Des résultats prometteurs

             De tous temps, les Frontaliers  réussirent à tenir les ténors en échec. Je me rappelle que le 3 novembre- 1946, l'E.S.. Recevait sur son terrain le C.S. Libramontois, qui était à l'époque en tête de la série. Les Aubangeois l'emportèrent par 4-2 malgré, tous les pronostics des spécialistes. On cria à la chance. Mais Aubange pour prouver que c'était grâce à ses efforts constants qu'il obtenait de pareils résultats, donne rendez-vous à ses détracteurs pour le début décembre de la même année.

             A cette époque, Bastogne avait pris le relais du C.S..Libramont et vint rendre visite aux sudistes. La partie fut palpitante et finalement les Bastognards furent battus par 5-3.

             A cette époque l'équipe était conseillée par Josy Zglinski de l'U.S.B. Longwy. Par la suite les Aubangeois bénéficièrent bénévolement de services de Mourton, ex-portier professionnel de l’U.S.B. Longwy, puis de Gérino Silori son ex-vedette et actuellement c'est à nouveau M

             Mourton qui ne peut vraiment pas se passer de venir voir ses pousses qui éduque les gens de M Ledent.

La meilleure saison                    

             Je pense que les Aubangeois  ne sont pas prêts d'oublier la magnifique saison 1952-1953.Il fut longtemps question' d'un duel entre Aubange et Bastogne, les  Frontaliers furent d'ailleurs en tête vers le milieu de la course. Il fallut quelques mauvaises journées, comme par exemple la fois les Aubangeois furent battus chez eux par Vielsalm 2-3.Enfin et finalement Aubange se classa troisième, derrière Bastogne qui était cependant parvenu à prendre quelques points d'avance et Virton qui avait une poussière de plus que l'E.S laquelle terminait, avec 44 points pour 30 matchs.

             Cette saison Aubange a accroché chez lui tous les ténors, l.ibramont y a laissé au point, Bastogne également et Virton aussi. Il est aussi à remarquer que c'est Aubange qui est le seul Jusqu'à présent à avoir forcé par trois la défense gaumaise, laquelle n'a été battue que 10 fois sur 21 rencontres.

Un terrain communal

             Jusqu'à présent, l'E.S. a occupé trois terrains, le premier à proximité du bois, le deuxième en face du  Drapeau Belge, route de Longwy, le troisième le long de la voie ferrée, ce dernier fut d'ailleurs modifié.

             Mais pour la saison prochaine, la commune a décidé et c'est d'ailleurs chose faite, que l'E.S. sera dotée d'un terrain qui pourrait rivaliser avec les plus belles pelouses du Luxembourg. Et il est même question que ce nouveau terrain sera doté d'un éclairage électrique qui répondra à toutes les exigences pour le déroulement des matchs en nocturnes. Et voilà toute l’histoire d’un vaillant club qui fait honneur au football Belge en général et à celui du Luxembourg en particulier.

                                                                                                                                                                                                                                                        Charles Louis